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Marie-Christine PARIS, le souvenir d'un fantasme, table ronde du 28 juin 2014

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Le souvenir d’un fantasme

Marie Christine PARIS

« Le grand Oiseau prendra son vol – l’homme sur le dos de son grand Cygne – emplissant le monde de consternation, emplissant les livres de son nom immortel. Gloire au nid où Il est né ! »  Léonard de Vinci.

Quand il nous est proposé par Monique Tricot de venir débattre du fantasme et de la créativité pour faire suite et clore la lecture de « Un enfant est battu », nous avions encore à l'esprit le fantasme de Siegfried pour Sabina Spielrein, sublimé et abouti dans l'écriture, la belle contribution dont Marie Lyne Hassan nous a si intimement parlé lors de la dernière rencontre en juin 2013.

Sabina, cette jeune femme brillante et curieuse, détruite et tenue par un état de souffrance convoque une approche romantique de son expérience analytique avec Jung et cherche à accepter l'errance humaine et sa déception dans de brillants jeux de raisonnement et d'écriture dont Freud en reconnaîtra l'apport en bas de page dans "Pulsion de vie, Pulsion de mort" et dont Jung se servira dans l'élaboration de l'inconscient collectif.

Au constat d'une histoire impossible, Sabina, suffisamment portée par son fantasme et sans aller chercher du côté de sa vie privée, s'élance vers un destin (à beaucoup d'égards tragique), destin qu'elle aura à cœur de soutenir par son investissement psychanalytique en Russie et par ses textes publiés dont le plus important en 1912 "La destruction comme cause du devenir".

"L'ordre, dit-elle, sort du chaos". La peur n'est pas absente de ses réflexions. Elle reste certainement inquiète des fantasmes, des réminiscences bannis par le refoulement que son travail analytique fera advenir de façon inattendue.

Ces coins de mémoire, aux objets insolites, bizarres, qui rejaillissent dans la vie de Sabina, l'identification à son jeune frère battu par son père, sa position de jeune femme révoltée, d'amoureuse, d'amante, de mère imaginaire d'un Siegfried – ces coins de mémoire – Sabina tentera de les proclamer, de les maîtriser par l'écriture, entre autres, écriture de transition qui la sauvera du chaos, de l'humiliation, de la folie.

Foucault écrit « La folie, c’est l’absence d’œuvre ». (Mai 64, Table ronde sur la situation de la psychiatrie).

L'écriture alors comme un code d'expression qui vient là peut être pour infléchir l'imaginaire de Sabina ?

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Pour Sabina, la vraie passion pour les mots sonne comme un trait de génie qui habille les fantasmes comme il convient, les rend talentueux, rempli le vide.

"C'est là son secret le plus intime, dit Freud en parlant du créateur littéraire : c'est dans la technique du dépassement de la répulsion, qui a sans doute à voir avec les barrières qui s'élèvent entre chaque moi individuel et les autres, que gît la véritable ars poética". (La création littéraire et le fantasme ou le rêve éveillé 1908).

En effet, l'effet hypnotique de l'œuvre qui soulage le créateur et celui à qui il le communique garde son pouvoir d'endormir la gêne que nous pourrions éprouver à l'égard de nos propres fantasmes.

A Sabina l'écriture, à d'autres la sculpture, la poésie, la peinture… autant d'artistes qui ne cessent de rendre compte d'une vision singulière du monde et d'un arrangement entre la question princeps de l'objet du fantasme et la problématique de la création artistique.

Qu'est-ce qui fait que l'on crée ? Qu'est-ce qui fait peindre, écrire, sculpter, dessiner ?

L'analyse pourrait nous permettre de répondre à cette question en montrant qu'il y a une identité de structure entre le mouvement de la parole et la construction de l'œuvre : ce qui nous fait parler et ce qui nous fait créer serait le fait qu'il y a quelque chose qui n'existe pas, une place vide, la béance dans l'objet trouvé comme nous le suggère Winnicott et la nécessité de créer pour réparer la déchirure du trouvé, du trou dans l'objet qui est pour l'enfant tout l'univers.

Ce qui suppose cependant que l'objet ait été trouvé suffisamment pour que l'on en perçoive la faille.

C'est peut-être à cette place de cette chose inexistante que nous cherchons à mettre des mots, inventer, créer.

Dans l'œuvre de Freud, on retrouve quelques moments clés pour nous aider à cerner la problématique de la création artistique et l'approche de l'œuvre.

Par ordre chronologique des œuvres principales, on trouve "La Gradiva" en 1907, l'article de 1908 "Der Dichter und das Phantasieren", l'étude sur "Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci" en 1910 et le travail sur "Le Moïse de Michel Ange" en 1914.

Il y en a d'autres encore, c'est "Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci" qui a gardé notre intérêt. Texte lumineux, texte mystérieux qui montre non seulement la genèse d'une œuvre et les fondements d'une vocation artistique mais nous rend compte de ce qui peut faire limite à la création chez cet artiste

Les raisons qui ont pu amener Freud à penser son Léonard "la seule belle chose que j'ai écrite" confiait-il à Ferenczi dix ans après la publication, sont diverses. Une, essentielle, sera un de ses dix livres favoris "Le roman de Léonard de Vinci" de l'écrivain russe Dimitri Merejkovski 1902 dont Freud se demande s'il n'a pas fait lui-même autre chose qu'écrire "un roman psychanalytique". Roman, nous dit Freud, qui nous entraîne dans l'intimité d'un artiste de génie par lequel le talent, perçu comme un don de Dieu, se fait ainsi passeur, intermédiaire entre nous et le créateur.

Son souci de la perfection le vouait à laisser ses œuvres inachevées, à s'en détourner, distiller des inventions subtiles, noircir de son écriture en miroir pendant près de 40 années des milliers de feuillets épais, étudier en les dessinant les rythmes et les lois qui organisent la cadence du monde.

Scénographe, musicien, architecte autant de passions jalonnées par les études sur le vol, fasciné par l'idée de pouvoir transposer des formes qui permettraient de faire voler l'homme.

Dans La Gradiva, Freud découvrait que l'artiste ne sait pas qu'il sait, que d'ailleurs il refuse de savoir.

Dans Le Léonard, Freud nous montre que cette position n'est pas un hasard, elle est nécessaire à la construction de l'œuvre.

Il vaut mieux autrement dit que l'artiste ne cherche pas trop à savoir, son savoir il doit le mettre en pratique. C'est ce qu'illustre le cas de Léonard à la fois artiste et investigateur, partagé entre l'œuvre et le savoir.

Freud énonce : "ses affects étaient domptés, soumis à la pulsion de recherche…Leonard n’était pas exempt de passion, il n’était pas privé de l’étincelle divine qui est directement ou indirectement, la force de pulsion –il primo motore –de tout ce que fait l’homme. Il avait seulement transformé la passion en poussée au

Mais d'où vient donc l'esprit d'investigation de Léonard ? Son origine, dit Freud, on est en 1910, 2 ans après l'article sur "Les théories sexuelles infantiles", se trouve dans la question de savoir, que le petit enfant manifeste par les inlassables questions qu'il pose à ses parents.

Page 25 à lire : "L'enfant, dit Freud, ne veut par elles (les questions) que remplacer une seule question, d'où viennent les enfants ?" … la recherche…

L'enfant cherche, rejette, pressent, devine certaines choses. L'existence de l'acte sexuel lui apparaît hostile et violent. N'étant pas en mesure d'assumer la tâche de procréation, il L'enfant cherche, rejette, pressent, devine certaines choses. L'existence de l'acte sexuel lui apparaît hostile et violent. N'étant pas en mesure d'assumer la tâche de procréation, il abandonne ses recherches sous une poussée de refoulement. A ce moment, avance Freud, il en découle pour le destin ultérieur de la pulsion de recherche trois possibilités :

 Ou bien la recherche, la curiosité intellectuelle partage le sort de la sexualité refoulée et demeure dès lors inhibée. Inhibition.

 Ou bien elle est assez forte pour résister au refoulement sexuel. Faire des recherches devient activité sexuelle. Penser devient le mode de la jouissance sexuelle mais le caractère sans issue de la recherche infantile persiste, la pensée devient une rumination sans conclusion, un symptôme d'obsession.

 Ou bien une partie du désir sexuel échappe au refoulement et se sublime dès l'origine en curiosité intellectuelle, renforçant la soif d'investigation ; ici encore faire des recherches devient un substitut de l'activité sexuelle, la pulsion peut s'exercer au service de l'intérêt intellectuel. Une restriction demeure cependant comme suite du refoulement, la recherche doit éviter les sujets sexuels pour garder une libido sublimée. Sublimation.

Léonard de Vinci présentant à la fois une curiosité intellectuelle et un étiolement de sa vie sexuelle, Freud a pensé pouvoir le prendre pour modèle de la 3ème éventualité soit de la sublimation.

Leonard (1452-1519) est le fils naturel da Ser Piero Da Vinci, notaire, descendant d’une famille de notables et de Catarina, vraisemblablement une paysanne qui fut plus tard l’épouse d’un habitant de Vinci. Il semble qu’il ait passé les premières années décisives de sa vie avec sa mère, éprouvant ainsi l'absence du père. Ce dernier, sans enfant, marié l’année de sa naissance à la noble Donna Albiera, l’accueillera vers l'âge de 4-5 ans.

Peu de choses de Léonard de Vinci sur son enfance hormis dans une page consacrée au vol des oiseaux , une information comme un souvenir qui émerge en lui venant de ses toutes premières années griffonnée à l'arrière d'une page des écrits en 1910 et qu’il relate ainsi : "Il semble qu'auparavant déjà il m'était assigné de m'occuper si à fond du vautour, car il me vient à l'esprit comme un souvenir des plus précoces qu'étant encore au berceau, un vautour est descendu jusqu'à moi, m'a ouvert la bouche de sa queue et, à plusieurs reprises, a heurté mes lèvres de cette même queue" .

Curieux souvenir d'enfance ! remarque Freud qui en déduit aussitôt de son caractère fabuleux qu'il doit s'agir d'un fantasme plutôt que d'un souvenir. Et il analyse magistralement ce fantasme le ramenant à un fantasme de fellation faisant écran lui-même à la réminiscence d'avoir tété le sein maternel.

Curieux souvenir qui dévoile l'intensité des relations de Léonard avec sa mère à ce temps de la tendre enfance où je cite Freud, "nous prenions dans la bouche le mamelon de la mère ou de la nourrice pour le téter. L'impression organique que produisit sur nous, cette première jouissance vitale est sans doute restée indestructiblement empreinte…" traduction bilingue folio page 123.

L'erreur de traduction qui met un vautour là où il y avait un milan est heureuse (Freud a eu le tort de se fier à une version allemande où le mot italien nibio est faussement rendu par Gaïer (vautour).

Le vautour en écriture hiéroglyphes représente Moût, la divinité égyptienne à tête de vautour, mère universelle dotée d'un pénis, la mère phallique. Déesse dangereuse, elle se transforme en lionne aux griffes acérées, mais sait aussi drapée en vautour, veiller sur les hommes et leur redonner la vie. Moût assone par ailleurs en allemand avec Mutter, la mère. Dans l'antiquité il n'existait que des vautours femelles, aucun mâle, les femelles se laissant féconder par le vent.

Cette légende que Léonard (faisant de lui-même un vautour), aurait connue rencontrerait son fantasme d'avoir eu une mère, pas de père, fantasme qui lui-même tire argument de la réalité puisqu'il n'aurait connu son père que vers l'âge de 5 ans. L'absence de ce père a pu faire de lui la proie de la tendre séduction maternelle provocant dit Laplanche « une maturation précoce de sa sensualité qui laissera morte sa sexualité adulte et renforcera une érotisation inconsciente refoulée de la bouche". Laplanche dans "les nouveaux fondements pour la psychanalyse" PUF 1987 p 127-128

Par la suite la carence maternelle eut sans doute alors pour effet de lui avoir permis d'imaginer une mère phallique rendant particulièrement ardue la conceptualisation du rôle du père dans la procréation. De là, la précarité de son identité virile.

Cette tâche difficile d'accorder le désir de la mère avec le rôle du père n'est-elle pas pour Léonard la difficulté d'accorder son œuvre de peintre et ses recherches scientifiques.

De l'analyse de Freud, chez Léonard, l'œuvre de l'artiste est inspirée par la mère, par la jouissance de la mère tandis que l'investigation scientifique trouve son origine dans la carence du père, l'investigation scientifique pour ne pas être engloutie dans la matrice maternelle, un refuge phallique.

Il interroge le trait dominant des tableaux de Léonard –le sourire énigmatique qui flotte sur les lèvres de ses figures féminines– par le souvenir des lèvres maternelles - tandis qu'il rapporte le trait dominant de ses investigations scientifiques par le fait qu'il limite ainsi cette toute puissance de la mère l'empêchant ,elle, d'en faire son objet de jouissance.

Sexualité infantile refoulée qui réapparait chez Léonard de Vinci au réveil à l'adolescence non pas dans des troubles névrotiques mais déplacée dans ce savoir incessant, obsédant, au détriment de l'activité sexuelle sublimée.

Et c'est sans doute d'échapper à cet amour sans bornes pour la mère et sans doute dans ce but qu'il se consacre à l'investigation scientifique, manière de faire appel au père qui ordonne les secrets de la nature.

Il devient alors le créateur que l'on connaît.

« La violence des caresses que révèle son fantasme au vautour n’était que trop naturelle ; la pauvre mère abandonnée devait épancher dans l’amour maternel et tout son souvenir des tendresses perdues et sa nostalgie de tendresses nouvelles ; elle se sentait poussée non seulement à se dédommager elle-même de n’avoir pas d’époux, mais à dédommager l’enfant de n’avoir pas un père qui l’eut caressé. Alors, à la façon des mères insatisfaites, elle mit le petit enfant à la place de l’époux et le dépouilla, par une trop précoce maturation de son érotisme, d’une partie de sa virilité. » Freud

Ce fantasme du vautour si précieux de l'intensité du lien à sa mère interroge Freud dans le sourire énigmatique de la Joconde pour y voir comme avant lui et après lui les admirateurs de Mona Lisa, la tendresse absolue prête à dévorer.

Léonard de Vinci la rencontre quand il a 51 ans. Il se remet alors à peindre avec ferveur pendant trois ans au moins, en tête à tête avec son modèle, utilisant les artifices les plus raffinés pour la distraire pendant les séances de pose et pour retenir sur les traits le fameux sourire . Ce même sourire que l'on retrouve dans le Sainte Anne, Marie et l'Enfant Jésus, Sainte Anne qui selon la formule de Lacan "donne son équilibre à la scène" en position de A et aussi bien comme il le pense, figure mystérieuse de la mort, mise en scène pour Freud de la séparation, point de départ du drame de la vie de Léonard, réactivée en 1495, à la mort de sa mère Catarina.

Paul Valéry disait qu'"une œuvre d'art devrait nous apprendre que nous n'avions pas vu ce que nous voyons" et qu'il ne convient pas, dira Freud, de "rendre l'artiste responsable du destin final réservé à ses œuvres".

L'essence de la création, écrit-il encore, nous est d’un point de vue psychanalytique inaccessible, ne mettez pas trop d'espoir dans l'essai sur le Léonard… et ne vous attendez pas à y trouver le secret de la vierge aux rochers ni la solution au problème de la Joconde

La conscience du monde doit beaucoup à Léonard de Vinci.

Il a traversé, en le façonnant, ce siècle phénoménal de la renaissance ou tout se construit, l’éclairant de tellement de facettes, qu’on se demande, encore aujourd’hui, comment un homme, un seul homme, peut en avoir été, à ce point, le phare.

Nul besoin de rappeler la puissance et l’exceptionnelle subtilité de sa peinture. L’histoire de l’art en a lentement construit la légende que chaque jour, les visiteurs des musées viennent sanctifier.

Pour cette seule raison, Léonard mériterait amplement notre admiration. Mais son esprit était tel, comme vous en convenez, qu’il a fallu qu’il soit aussi ingénieur, scientifique, poète, musicien, armurier, horloger, et tant d’autres dons dont le seul lien est la fascination qu’ils exercent encore aujourd’hui.

Les arts propres de Léonard de Vinci se font miroir, se regardent, s’embellissent. Quels sommets d’esthétisme que les études techniques de Léonard, les horloges célèbres, les instruments de musique, le vol des oiseaux, …l’artiste est au service de l’ingénieur pour que sa science, radiographiant le réel, paraisse plus incontestable encore.

Mais ce qui est, plus que tout encore, remarquable chez Léonard de Vinci, c’est le réel, tellement décortiqué et apprivoisé qu’il aurait pu s’en contenter, qui lui sert de base de départ, de navire amiral pour une course au grand large. L’imagination qui prend le vent, l’invention qui est à la barre. Il aura fallu, pour nombre de ses visions de génie, le concours de plusieurs siècles d’intelligence humaine, pour prendre corps.

Mais si la conscience du monde lui doit tant, combien, quelle part les fantasmes de Léonard doivent-ils à son œuvre ?

Nous avons vu le drame de la séparation, l’effacement du père de la vie de l’enfant, l’intensité de l’érotisation de la bouche dans le lien à la mère. Nous avons supposé une homosexualité latente ou avérée dont le Vautour, souvenir écran, serait pour Freud, la parfaite représentation fantasmée.

Il est probable que Léonard, confronté à ces fragilités, cette construction primaire incertaine, ait eu besoin d’un cadre référentiel stable et socialement déterminé. Quoi de plus rassurant, de plus inscrit dans la norme, que l’approche scientifique, celle d’un ingénieur, d’un entomologiste ou d’un botaniste, toutes sciences dans lesquelles il excellait.

Ces contingentements, ces certitudes, étaient le port dont la flotte de son imaginaire avait besoin. Pour autant, ses faiblesses initiales ne pouvaient disparaitre par les seules vertus de ce rempart.

Elles ont alors pu trouver à s’exprimer dans une recherche systémique, allant d’une hypothèse scientifique confirmée à l’autre, créant, en dynamique, un ensemble cohérent qui, à force d’approfondissement, d’analyses, d’intuitions successives, devient une explication globale des phénomènes de la nature et du monde.

Certainement, cette approche est-t-elle dotée, pour Léonard, d’un double effet.

A la fois, celui de conserver un cadre de référence, ce besoin de la norme déjà abordé.

Mais aussi celui de s’approcher tellement d’une réalité qu’en tant que condition d’homme, il s’en écarte. Comment lire autrement son fantastique travail sur le vol, tellement précis tellement concret, qu’il permet à Léonard de se penser affranchi des contingences terrestres, d’alléger ses fantasmes et les porter au-delà.

Cette évasion n’est rendue possible, dans ce perpétuel mouvement qui l’anime entre puissance et fragilité, que par un énoncé qui peut-être dit vrai ou faux, une pensée apophantique. Il accepte, à tout moment et à chaque stade, que ses affirmations soient démontrables, subissent la sanction du réel.

Mais parce que ses fantasmes restent tellement présents, son génie et sa puissance créatrice tellement certains, il trouve encore d’autres moyens de s’échapper plus loin encore de lui-même.

C’est par l’invention pure, qu’il part du tangible pour imaginer l’indicible. De l’oiseau, il passe à la description du vol de l’oiseau puis à celle du vol, tout court, qui peut s’exercer autrement, par les pales rotatives, qu’on appellera plus tard, longtemps plus tard… l’hélicoptère.

D’où lui vient cet appel à la création ? « A vouloir toujours excellence après excellence, l’œuvre était retardée par le désir », comme le dit Pétrarque

Le fameux sourire, son invitation au regard vient peut-être illustrer cette belle formule d’une perception d’un manque qui demeure et je cite Freud encore … » Il est possible que Leonard ait dénié le malheur de sa vie amoureuse et l’ait surmonté par l’art en figurant l’accomplissement du désir, chez le garçon fasciné par la mère, dans cette réunion bienheureuse du masculin et du féminin ».

L’histoire rend compte de l’exceptionnelle richesse créative de Léonard de Vinci mais peine à traduire la construction psychique qui l’amène à devenir la conscience d’un monde en pleine mutation.

C’est cette dialectique, entre manque et désir , œuvre et savoir, fantasme et créativité, nourrie de Léonard de Vinci, de l’essai somptueux de Freud ,c’est cette dialectique que j’ai tenté d’entrevoir, de toucher du bout de mon aile…

Juin 2014

Mise à jour le Dimanche, 07 Février 2016 09:03  

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