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discussion de l'exposé de M. TRICOT par F. DELBARY
 

Le Cercle Freudien

Dijonnais

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discussion de l'exposé de M. TRICOT par F. DELBARY

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Discussion de l’exposé de Monique Tricot : « L’écriture du rêve. »

 

Dijon, samedi 18 septembre 2010.

Tout d’abord, merci à Monique Tricot et aux psychanalystes dijonnais d’ouvrir cet espace de discussion avec moi autour de l’écriture du rêve, « écriture du rêve » qui est donc le titre choisi par Monique pour nommer le trajet qu’elle accomplit dans l’exposé qu’elle vient de nous présenter.

C’est précisément cette dimension d’une écriture qui serait opérée par le rêve que j’aimerais vous proposer de questionner, puisque c’est, me semble-t-il, en ce point, que les différents éléments de la réflexion menée par Monique viennent se nouer.

Mais auparavant, je ferai une remarque préalable sur la manière dont Monique.Tricot avance dans sa recherche.

À la lecture de son texte[1], c’est un sentiment de liberté qui s’est imposé à moi.Une liberté à entendre bien sûr dans l’horizon de la libre association recommandée par Freud, et dont nous savons bien chacun qu’il s’agit, non pas d’un vagabondage délivré de toute contrainte, mais bien au contraire de la forme paradoxale d’une pensée au sein de laquelle se déploie cette « libre nécessité », dont parlait Spinoza. Une pensée, dirions-nous avec Freud, qui cesse de se laisser mener par le refoulement.

D’où la pluralité des registres qui viennent ici prendre place : des questions théoriques nées de la longue pratique de Monique, le souvenir de ses lectures ou de discussions avec ses collègues, mais aussi, et avec grande pudeur, son espace onirique, un lapsus, ou encore des fragments, tout juste évoqués, de sa vie personnelle, sans oublier son expérience chinoise.

Impossible de ne pas penser à la Traumdeutung, à cette fluidité de la recherche freudienne où la pensée s’allège des carcans dogmatiques, rendant possible par là même, qu’un réel questionnement puisse se risquer.

C’est là un style de pensée et d’écriture tout à fait caractéristique de la psychanalyse, qui noue étroitement l’espace d’une singularité et l’exigence d’une dimension d’universalité. Par-là, comme lorsque nous lisons la Science des rêves, nous sommes invités, non pas à nous figer dans une réception passive, mais bien plutôt à entrer dans le mouvement de la recherche qui se propose à nous.

Je voulais le relever parce que ce n’est pas si fréquent, et pourtant c’est là un vecteur essentiel de la transmission de l’expérience spécifique de la psychanalyse.

Pour en venir maintenant à la question en jeu, appréhender le rêve à partir du postulat de son écriture, se révèle ici d’une grande fécondité. Nous pouvons nous en rendre compte par les questions qui, depuis cette perspective, surgissent au fil du déroulement de l’exposé.

Des questions sur le phénomène du rêve lui-même bien sûr : Pourquoi rêve-t-on ? Que fait le rêve ? Comment entendre le caractère hallucinatoire du rêve ? Où est le sujet du rêve ?

Mais aussi, des questions qui excèdent le seul registre du rêve, ainsi cette pratique de l’éveil que serait l’analyse, ou encore la dimension d’un nécessaire indéchiffrable dans la vie psychique. Interrogations qui toutes, travaillent à mettre ou remettre sur le métier, pour la mener plus loin, la difficile question de la jouissance.

C’est par là même faire trait d’union, trait de transmission, entre Freud et Lacan, puisque nous passons d’une question sur le rêve, freudiennement inscrite dans le registre du désir inconscient, à une interrogation sur ce réel d’une jouissance sur laquelle Lacan appelait les analystes à ne pas passer trop vite.

Monique articule cette question à ce lieu ombilical où s’origine le réseau des signifiants. Lieu, écrit-elle à la fin de son texte, « où se conjoignent la naissance du symbolique et l’origine du désir ; un lieu où peut être mis en jeu et noué au symbolique et à l’imaginaire le jamais advenu qui ne cesse pas de ne pas s écrire, le réel propre au sujet ».

C’est mettre là en jeu la question vive du refoulement originaire, tout autant que celle, si complexe, de cette spatialité de l’inconscient sur laquelle à la fin de sa vie, Freud faisait d’étonnantes remarques.[2]

 

 

Cette question de la spatialité de l’inconscient me conduit très directement à la difficulté qui, en ce qui me concerne, s’attache à ce point quasi structural de l’exposé : le rêve écrit.

Discuter ce point c’est, non pas venir affirmer péremptoirement que, non le rêve n’écrit pas, et pas plus en rester à l’affirmation si bien argumentée de Monique que oui, le rêve écrit.

Il s’agirait plutôt de tâcher d’ouvrir[3], à partir et grâce aux réflexions de l’exposé, quelques questions fort simples et donc, comme toujours, fort délicates. Des questions en quelque sorte préliminaires ou préalables.

Celles-ci  tout spécialement: qu’est-ce donc que l’écriture exactement ? Que disons-nous lorsque nous parlons d’une écriture de l’inconscient ? Pourquoi, finalement, un usage métaphorique de ce terme à propos du rêve, usage extensif qui peut risquer de véhiculer trop d’ambiguïté?

En tout cas la proposition d’une écriture du rêve me semble constituer une réponse à une question sous-jacente sur laquelle on peut s’arrêter : quel est l’acte du rêve ?

Les procédés du rêve dont Freud fait un examen si minutieux dans la Traumdeutung, nous permettent de faire travailler cette question. Comme Monique le fait d’emblée remarquer, le rêve nécessite un entrepreneur, il est une construction, la construction d’un rébus.

Le rébus, dont on a pu dire qu’il se situait dans le champ d’une  «  équivoque de la peinture à la parole », se présente à nous comme une suite de formes à la fois connues et inconnues, qui se proposent tout d’abord à notre perception et qui aussitôt convoquent l’imaginaire. Monique dans son travail met d’ailleurs très nettement l’accent sur la force des images du rêve. Leur mode de présence est tel que c’est à l’hallucination qu’elles semblent parfois même nous renvoyer.

Et même si le rêve-rébus comporte des lettres, celles-ci sont plutôt à voir qu’à lire, tout comme avec un dessin. Nous sommes bien avec le rêve en présence de figures qui, à la différence des signes d’une langue, ne nécessitent aucun savoir.

Il y a dans la Science des rêves, une insistance de Freud sur les formes. Le rêve montre des scènes, des agencements visuels, tout comme dans un tableau. Dans une longue note du ch.7, il rappelle que l’essence du rêve n’est pas à rechercher dans les pensées latentes, mais dans la forme qui est créée par le travail du rêve, forme particulière rendue possible par les conditions propres à l’état de sommeil.[4]

Parmi les procédés du rêve, celui de la mise en figure est celui qui retient le plus longuement Freud. Il consacre 26 pages à la condensation, 95 pages à la figuration et 20 seulement à l’élaboration secondaire.

D’autre part Freud répète souvent que nous ne devons pas traiter le contenu du rêve comme un texte mais comme un objet.

N’est-ce pas ce qui autorise à se demander si le rêve, en lui-même, ne s’inscrirait pas dans un espace figural bien plus que dans un espace linguistique ? L’acte du rêve est-il celui d’un scribe ou celui d’un peintre  ou cinéaste?

C’est dans un espace textuel, espace de discours, que l’on est amené à l’acte de la lecture.

Dans la lecture, l’œil ne fait que balayer des signaux écrits. La visée d’une saisie du sens peut même conduire à ne pas voir les coquilles d’un texte. Lire c’est entendre et non pas voir. À trop voir les lettres en elles-mêmes d’ailleurs, il devient impossible d’entrer dans l’espace propre de la lecture comme le montrent bien les enfants dyslexiques.

Il y a une linéarité de l’écriture, (sauf dans l’espace idéographique dont Monique qui s’initie au chinois nous parlera peut-être. Mais l’idéogramme n’est pas une lettre au sens où nous l’entendons en Occident).

Un espace d’écriture est de l’ordre d’un aplat. Bien différemment, l’espace spécifique de toute figuration appelle une profondeur de champ et exige de l’œil qu’il balaye, en de multiples directions, ce qui est peint devant lui.

Pour ce faire, il faut un supplément de temps, un ralentissement de la pensée devant cette épaisseur du sensible, en sa profondeur-perspective et son opacité. Et a fortiori face aux figures si souvent énigmatiques de nos constructions oniriques.

Je me demande par conséquent si, en parlant d’une écriture du rêve, on n’est pas conduit à gommer la différence entre l’espace plastique élaboré grâce au procédé de figuration du rêve, et l’espace tout autre qu’est l’espace linguistique de l’écriture.

 

Il faudrait aussi se pencher sur l’articulation importante que Monique relève, entre le transfert et le rêve, lorsqu’elle écrit : « le rêve serait ce qui permettrait que dans le transfert les traces deviennent écriture. » D’autant que cette transformation opère dit-elle, une sortie de l’imaginaire pour entrer dans l’espace symbolique de l’écriture.

Mais ne peut-on pas soutenir que, dans le transfert, le rêve permet que les traces se fassent peinture ? Dans cette perspective, il n’y aurait pas sortie de l’imaginaire, mais déploiement de son espace propre.

Quel statut le rêve confère-t-il à l’imaginaire ? Tel me semble être ici le problème.

 

L’enjeu, on le voit bien, est de taille puisqu’il s’agit, avec l’énoncé que le rêve écrit, d’assurer une certaine suprématie du symbolique sur l’imaginaire.

Nous voilà ainsi renvoyés à la question du nœud borroméen, ce nœud immédiatement mis en jeu  par celle qui voyait en rêve la tresse des trois serpents!

 

Je me tournerai, en ce point, vers quelques-unes des remarques faites par Lacan dans le séminaire oral de 1973 : Les non dupent errent.

La première des séances de travail portait précisément sur l’imaginaire.

Après avoir dit, au début de la séance : « Il n’y a aucun inconvénient à ce que j’imagine comprendre », Lacan fait remarquer à son auditoire qu’il n’a pas du tout dit, je m’imagine comprendre, mais bien j’imagine comprendre. Ce qui, ajoute-t-il, « peut en choquer plus d’un ».

Un de ceux, ajouterais-je, qui ne décollent pas du moi si l’on peut dire. Un de ceux qui en restent à une pensée somme toute bien classique de l’imaginaire, comme s’il faisait obstacle à l’acte de comprendre.

Ainsi Pascal, par exemple, malgré l’éminence de ses écrits ne pourfendait-il pas l’imagination en affirmant qu’elle est « maîtresse d’erreur et de fausseté » ? Je me demande parfois si, à notre insu, nous n’en restons pas, trop souvent, à cette seule représentation. Ce n’est certes pas l’orientation de Lacan, Lacan si proche des Surréalistes, comme il ne manquait pas, à l’occasion, de le rappeler.

Mais voici ce qu’il ajoute ce 13 novembre 73 :

« …j’ai dit «,’ j’imagine » (…) Ce que j’ai avancé, pourtant, avec ce « j’imagine », à propos du sens, c’est une remarque qui sera celle que j’avance cette année. C’est que l’imaginaire, quoi que vous en ayez entendu, parce que vous vous imaginez comprendre, c’est que l’imaginaire, c’est une « dit-mansion », comme vous savez que je l’ai écrit, aussi importante que les autres. ».

Puis il se réfère à Spinoza, qui recommandait pour toute question, aussi éloignée fut-elle du champ mathématique, de procéder « more geometrico », suivant donc l’ordre des géomètres. Et il en arrive, parlant des mathématiques, à cette remarque que je voudrais souligner :

« On peut se passer pendant beaucoup de chapitres de la moindre figure. Mais quand même, et c’est bien là l’étrange[5], on y vient. On finit toujours par y venir. (…) vous avez toujours compris mais à tort…que le progrès, le pas en avant, c’était d’avoir marqué l’importance écrasante du Symbolique au regard de ce malheureux Imaginaire par lequel j’ai commencé, j’ai commencé en tirant dessus à balles, enfin, sous le prétexte du narcissisme, seulement figurez-vous que l’image du miroir, c’est tout à fait réel qu’elle soit inversée. »

 

Cet étrange besoin de figures, dans la vie onirique comme au sein même des sciences les plus abstraites, m’a rappelé une étonnante expression de Lacan dans le séminaire XI, Les quatre concepts. Il parle à un moment de la « voracité du regard » pour faire entendre la force de la pulsion scopique.

Cette soif inextinguible de formes visuelles est, en fin de compte bien énigmatique? Ne connaîtrait-elle ni nuit ni jour ? Quelle inquiétante étrangeté !

Finalement, c’est la question de la jouissance qui fait là insistance. C’est elle qui traverse et oriente tout le parcours de Monique.

Y aurait-il une jouissance propre au rêve ?

Celle-ci aurait alors à voir avec l’opération du chiffrage, comme l’exposé le fait apparaître si nettement. Ne pourrait-on pas dire d’ailleurs qu’il n’y a de jouissance que chiffrée ? Il faudrait pouvoir s’y arrêter plus longuement, d’autant que c’est le corps du rêveur, qui est alors en jeu, et pas seulement lorsqu’il rêve !

En tout cas cet indéchiffrable du rêve, qu’il ne s’agit pas de vouloir réduire, oblige à déplacer, comme Monique le souligne, la traditionnelle question de la Deutung et, ce faisant, vient interroger ce désir d’interpréter qui, parfois, nous bouche l’horizon.

L’énigme des formes du rêve ferait plutôt signe vers ce qui, toujours déjà perdu, insiste dans les formes paradoxales de l’impossible du réel, impossible du réel dont le rêve, à sa manière, vient nous parler.

 

Françoise DELBARY.

NB : La mise au point de ce texte a été faite dans l’après-coup de la rencontre du 18/9/2010



[1] J’ai eu en, effet, bien avant la rencontre d’aujourd’hui, la possibilité, non seulement de lire le texte de l’exposé, mais aussi d’échanger avec Monique, et de prendre connaissance de séances du séminaire de Lacan qui avaient retenu son attention. Ce sont des conditions vraiment privilégiées pour préparer cette discussion, et je lui en suis très reconnaissante.

[2] Voir Résultats, idées, problèmes TII, note 22 VIII.

[3] Ouvrir ces questions, bien plus que d’avoir la visée d’y apporter réponse. Questionner libère un espace pour la pensée, permet d’avancer dans une précieuse incertitude, et rend possible bien souvent de notables déplacements.

[4] Freud La science des rêves, p.431. P.U.F.

[5] C’est moi qui souligne.

Mise à jour le Jeudi, 10 Mai 2012 18:58  

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